Rêve
21 juin 1605
Tu accompagnes une colonne de femmes enceintes. De ta voix douce tu les comfortes. Marchant encore inconscientes vers leur funeste destin, elles se confient à toi. "Serait-ce un garçon ? Mes offrandes à Sainte Margueritte suffiront-elles ? Survivrais-je seulement à l'ordalie ? Ou pire que le trépas, enfanterais-je un monstre ?" La plus désespérée sert ta menue main blanche de ses interminables doigts élégants et crochus. "Pourrais-je jamais enfanter le rêve de mon Angélique amour ? " souffle-t-elle de ses belles et multiples bouches carmines. Mais alors que des larmes de sang commencent à couler le long de ses joues de marbre, tu reconnais maintenant à leurs sources les yeux noirs de ton aieul Constantino. De sa voix rauque c'est maintenant lui qui te demande : "Saurais-je seulement préserver en moi l'Esprit Saint ? Ou la juste chose ne serait-elle pas de le laisser enfin mourir ?"